Trop d'électricité : pourquoi RTE demande à des parcs solaires et éoliens de produire moins
Certains jours de printemps et d'été, la France produit plus d'électricité qu'elle n'en consomme. RTE doit alors faire baisser la production, parfois en l'imposant. 513 heures de prix négatifs et 3 TWh de production effacée en 2025 : comprendre le phénomène, ce que la CRE demande à RTE et ce que cela change pour votre facture.

On parle souvent de pénurie d'électricité en hiver. Le problème inverse est devenu tout aussi courant : par une belle journée de printemps, un dimanche midi, la production dépasse largement la consommation. Or un réseau électrique doit être équilibré à chaque instant. Quand il y a trop d'électricité, il faut produire moins, et c'est RTE, le gestionnaire du réseau de transport, qui orchestre cette baisse. Parfois en la demandant, parfois en l'imposant.
Pourquoi un excédent pose problème
L'électricité se stocke encore mal à grande échelle. À chaque seconde, ce qui est injecté sur le réseau doit correspondre à ce qui est consommé ou exporté. Si la production dépasse durablement la demande, la fréquence du réseau s'élève et les équipements de sécurité peuvent se déclencher, au risque de coupures.
Les excédents apparaissent surtout quand plusieurs facteurs se cumulent :
- un fort ensoleillement, qui fait culminer la production solaire en milieu de journée ;
- du vent au même moment ;
- une consommation faible : week-ends, jours fériés, températures douces sans chauffage ni climatisation ;
- des voisins européens eux aussi excédentaires, qui ne peuvent pas absorber nos exportations.
Les prix négatifs, symptôme du surplus
Sur le marché de gros, ces excédents se traduisent par des prix négatifs : certains producteurs paient pour continuer à injecter, car arrêter puis redémarrer leurs installations leur coûterait plus cher. Selon le bilan électrique de RTE, la France a connu 513 heures de prix négatifs en 2025, contre 352 en 2024.
Comment RTE fait baisser la production
1. Le marché d'abord. Via le mécanisme d'ajustement, les producteurs déposent à l'avance des offres rémunérées pour réduire leur production si le réseau en a besoin. RTE active les offres nécessaires.
2. Les arrêts volontaires. De nombreux parcs solaires et éoliens s'arrêtent d'eux-mêmes lorsque les prix deviennent négatifs, pour ne pas produire à perte. En 2025, ces modulations ont effacé environ 3 TWh, deux fois plus qu'en 2024 : 1,6 TWh de solaire et 1,3 TWh d'éolien terrestre. À titre de comparaison, la France a produit 547,5 TWh sur l'année.
3. L'ordre imposé en dernier recours. Quand les offres du marché ne suffisent pas, RTE peut émettre des ordres de sauvegarde qui obligent un producteur à baisser sa production, en dehors de tout marché. Cette procédure exceptionnelle a été utilisée ponctuellement pendant les étés 2024 et 2025 sur des parcs renouvelables, pour des volumes bien plus faibles que les arrêts volontaires.
Ce que la CRE demande à RTE
La Commission de régulation de l'énergie, qui contrôle les règles du marché, a pointé plusieurs faiblesses dans ses délibérations sur les règles de marché de RTE :
- avant l'été 2025, RTE manquait d'offres de baisse sur le mécanisme d'ajustement, d'où le recours aux ordres imposés ;
- ces écrêtements hors marché étaient corrigés à la main, après coup, dans les données publiées, ce qui perturbe les acteurs du marché ;
- la CRE demande à RTE de signaler clairement les périodes concernées et de prévenir quand leur traitement est terminé.
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Pour élargir le réservoir d'offres, une règle nouvelle s'applique depuis le 1er janvier 2026 : les installations de plus de 10 MW, parcs éoliens et centrales solaires compris, doivent participer au mécanisme d'ajustement. Fin 2025, les capacités renouvelables y participant avaient déjà été multipliées par près de dix en un an, à 5,6 GW.
Et les panneaux solaires des particuliers ?
Les ordres de RTE visent les grandes installations raccordées au réseau de transport ou de forte puissance, pas les panneaux posés sur le toit d'une maison. Les petites installations ne sont pas pour autant totalement à l'écart de ces enjeux : le gestionnaire du réseau de distribution prévoit aussi des règles de limitation pour la basse tension, que nous détaillons dans bridage du solaire en basse tension : ce qui change.
Ce que cela change pour vous
Les prix négatifs ne se retrouvent pas directement sur la facture d'un particulier au tarif fixe : vous ne serez pas payé pour consommer un dimanche midi. Mais le phénomène transforme déjà l'organisation du système électrique, avec des effets concrets :
- les heures creuses glissent vers l'après-midi : à partir de décembre 2026, 9,3 millions de foyers verront une partie de leurs heures creuses déplacée entre 11 h et 17 h, précisément pour profiter de l'abondance solaire. Le détail dans heures creuses : 9,3 millions de foyers vont changer d'horaires ;
- les usages flexibles deviennent rentables : chauffe-eau, lave-linge, recharge d'une voiture électrique programmés en milieu de journée profitent de l'électricité la moins chère à produire ;
- le choix de l'offre compte davantage : selon votre mode de vie, une option heures creuses bien calée peut faire baisser la facture, ou au contraire coûter plus cher qu'un prix unique. Notre méthode : calculer si l'option heures creuses est rentable.
Pour savoir si votre contrat actuel est adapté à votre façon de consommer, les conseillers de Mon Assistant Perso analysent gratuitement votre facture d'électricité : rendez-vous sur notre page analyse de facture d'électricité.
À retenir
- Les jours ensoleillés et peu consommateurs, la France produit plus d'électricité qu'elle n'en consomme.
- 513 heures de prix négatifs en 2025 (352 en 2024) et environ 3 TWh de solaire et d'éolien effacés volontairement.
- En dernier recours, RTE peut imposer une baisse de production : c'est arrivé ponctuellement pendant les étés 2024 et 2025.
- Depuis 2026, les installations de plus de 10 MW doivent participer au mécanisme d'ajustement.
- Pour les particuliers, la conséquence la plus visible est le déplacement des heures creuses vers l'après-midi.
Sources : RTE (bilan électrique 2025), Commission de régulation de l'énergie (délibérations sur les règles de marché de RTE et sur la participation des installations de plus de 10 MW au mécanisme d'ajustement).
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Rédigé par
Camille Fontaine
Énergie
Rédactrice chez Mon Assistant Perso, spécialisée sur l'électricité et le gaz : lecture de facture, puissance souscrite, options tarifaires, changement de fournisseur. Chaque article s'appuie sur les grilles tarifaires et les communiqués officiels en vigueur au moment de la publication.
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