Énergie
Publié le 1 novembre 2026Par Nadia Belkacem

Prix fixe électricité : bloquer 1 an ou 3 ans ? La courbe s'est inversée

Un engagement court coûte normalement moins cher qu'un engagement long. Ce n'est plus vrai en ce moment : sur les marchés, 2027 se paie 74 % de plus que 2028. Comment lire cette anomalie, et ce qu'un « prix fixe » ne bloque jamais.

Prix fixe électricité : bloquer 1 an ou 3 ans ? La courbe s'est inversée

En bref : pour un contrat d'électricité à prix fixe, la règle habituelle veut qu'un engagement court coûte moins cher qu'un engagement long. Cette règle ne s'applique plus en ce moment. Sur les marchés de gros, l'année 2027 se négocie autour de 124 €/MWh, contre 71 € pour 2028 et 63 € pour 2029. Un prix fixe d'un an s'adosse donc presque entièrement à l'année la plus chère de la décennie, tandis qu'un prix fixe de trois ans y mélange deux années bon marché. Voici comment lire cette anomalie, et les deux clauses à vérifier avant de signer quoi que ce soit.

La courbe des prix a changé de forme

Les fournisseurs n'inventent pas leurs tarifs : ils achètent l'électricité à l'avance sur les marchés de gros, puis ajoutent l'acheminement, les taxes et leur marge. Les cotations à terme donnent donc une idée de ce qu'ils peuvent proposer.

Voici l'état du marché à la clôture du 28 octobre 2026 :

Année livréePrix de grosÉcart avec 2027
2027124,05 €/MWh (environ 12 c/kWh)référence
202871,47 €/MWh (environ 7 c/kWh)−42 %
202963,14 €/MWh−49 %

Autrement dit, 2027 se paie 74 % plus cher que 2028. Ce n'est pas un écart ordinaire : c'est une bosse isolée sur une courbe qui redescend ensuite franchement.

Le détail trimestriel montre où se concentre le problème :

TrimestrePrix de gros
1er trimestre 2027196,82 €/MWh
2e trimestre 202781,34 €/MWh

Tout le renchérissement de 2027 tient donc à son hiver. Le marché valorise très cher les trois premiers mois de l'année, et revient à des niveaux normaux dès le printemps.

La logique habituelle s'inverse

Dans un marché calme, le raisonnement est simple : on bloque son prix pour un an, et on renégocie ensuite dans de meilleures conditions. L'engagement court laisse les mains libres.

Ici, le calendrier joue contre cette approche. Un prix fixe souscrit maintenant pour un an couvre principalement 2027, c'est-à-dire précisément la période que le marché juge la plus coûteuse. Un prix fixe sur trois ans répartit l'achat sur 2027, 2028 et 2029 : la moyenne simple des trois ressort à 86,22 €/MWh, soit 30 % en dessous de 2027 seule.

Prix fixe 1 anPrix fixe 3 ans
Années couvertesessentiellement 20272027 + 2028 + 2029
Référence de marché124,05 €/MWhmoyenne d'environ 86 €/MWh
Avantagerevient au marché en 2028, moins cherlisse la bosse de 2027
Risquesigner au plus hautle fournisseur ajoute une marge de couverture

Une réserve honnête s'impose sur la colonne de droite : ces 86 €/MWh sont une moyenne de marché, pas un prix d'offre. Plus la durée est longue, plus le fournisseur prend un risque, et plus il a tendance à intégrer une marge de sécurité dans son tarif. Un contrat de trois ans ne vous transmet donc jamais l'intégralité de l'avantage théorique. La comparaison doit se faire sur les prix réellement proposés, pas sur la courbe de gros.

Le marché monte vite, et c'est un argument en soi

Un élément mérite d'être pris au sérieux : la vitesse du mouvement.

  • Le 9 octobre 2026, l'année 2027 se négociait à 102,18 €/MWh. Le 28 octobre, à 124,05 €. Soit +21,4 % en dix-neuf jours.
  • Sur la seule dernière semaine d'octobre : +12,2 % sur 2027, et +16 % sur le premier trimestre 2027.
  • L'écart entre 2027 et 2028 est passé de 39,04 à 52,58 €/MWh sur la même période.

Attendre n'est donc pas une position neutre. Un marché qui progresse de 20 % en trois semaines peut continuer, et les offres proposées aux particuliers finissent par suivre.

Un prix fixe n'est pas une prison

Voici le point qui change radicalement l'arbitrage, et que beaucoup ignorent : un contrat d'électricité chez un fournisseur alternatif peut être résilié à tout moment, sans frais ni préavis, y compris pendant la période de prix fixe.

Conséquence pratique : la durée d'un prix fixe n'est pas un engagement de votre part, c'est un engagement du fournisseur envers vous. Il s'oblige à ne pas toucher au prix du kWh pendant trois ans. Vous, vous restez libre de partir si le marché s'effondre.

L'asymétrie joue en votre faveur, et elle désamorce la principale crainte liée aux contrats longs. Une seule nuance : le prix bloqué s'arrête avec le contrat. Si vous partez, vous perdez la protection — vous ne l'emportez pas ailleurs.

Les deux clauses à vérifier avant de signer

1. « Prix fixe » ne veut pas toujours dire prix fixe

Deux formulations circulent, et elles n'offrent pas la même protection.

Un prix fixe tout compris bloque l'ensemble de la part fournisseur et de l'acheminement. Seule une modification de la fiscalité peut le faire bouger.

Un prix fixe portant sur la part électricité uniquement ne bloque que l'énergie. Le TURPE, c'est-à-dire le tarif d'acheminement qui rémunère les réseaux, continue d'évoluer — à la hausse en ce moment — et certaines obligations réglementaires peuvent s'ajouter. Votre facture augmentera donc malgré le « prix fixe ».

Demandez la mention exacte par écrit. C'est la différence entre une protection réelle et une protection partielle.

2. La fiscalité n'est jamais bloquée

Aucun contrat ne peut geler l'impôt. Deux lignes évoluent indépendamment de votre fournisseur :

  • l'accise sur l'électricité, à 30,62 €/MWh depuis le 1er août 2026, soit environ 3 c/kWh ;
  • la TVA à 20 %, appliquée à l'ensemble de la facture, abonnement compris.

Une hausse de l'une ou l'autre se répercutera, prix fixe ou non.

Et le tarif réglementé, dans tout ça ?

Le tarif réglementé de vente reste la référence de comparaison. Depuis le 1er août 2026, l'option Base s'établit à :

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  • 0,2001 € TTC/kWh pour les puissances de 3 et 6 kVA ;
  • 0,1985 € TTC/kWh pour les puissances de 9 à 36 kVA.

Deux caractéristiques méritent d'être connues.

D'abord, il n'évolue qu'en février et en août. Il n'a donc pas changé au 1er novembre 2026, et la prochaine révision est fixée au 1er février 2027. À la mi-octobre, la Commission de régulation de l'énergie n'avait pas encore publié sa proposition pour cette date : le prix de février n'est pas connu.

Ensuite, sa part énergie repose sur des achats lissés sur vingt-quatre mois. Il réagit donc avec retard aux mouvements de marché — ce qui l'a protégé en 2022, et ce qui peut jouer dans l'autre sens quand les prix de gros montent.

Les offres indexées ne protègent de rien

Une offre indexée sur le tarif réglementé applique une remise fixe, souvent exprimée en pourcentage sur le kWh. Elle suit mécaniquement les révisions de février et d'août, à la hausse comme à la baisse.

Elle vous garantit donc de rester un peu moins cher que le tarif réglementé, et rien de plus. Si celui-ci augmente en février 2027, votre facture augmente aussi. C'est exactement le mécanisme que nous décrivons pour le gaz dans votre prix a changé sans aucun courrier : le changement est contractuel, automatique, et ne fait l'objet d'aucune notification.

Pour creuser la comparaison entre les deux familles d'offres : prix fixe ou prix indexé, comment choisir et ce que le marché de gros dit de votre contrat. Et si c'est le gaz qui vous occupe, la même question de durée s'y pose différemment : voyez prix fixe du gaz, bloquer 1 an ou 3 ans.

Comment décider, en cinq points

  1. Comparez des prix d'offres, pas des cotations de gros. La courbe explique une tendance ; elle ne vous dit pas ce qu'on vous propose.
  2. Exigez la mention « tout compris » si vous voulez une vraie protection, et faites-la confirmer par écrit.
  3. Calculez en euros par an, sur votre consommation réelle, abonnement inclus. Un prix du kWh plus bas assorti d'un abonnement plus élevé peut vous coûter davantage.
  4. Ne surestimez pas l'engagement. Vous pouvez partir à tout moment sans frais : une durée longue ne vous enferme pas.
  5. Décidez avant février. La prochaine révision du tarif réglementé tombe le 1er février 2027, et son niveau n'est pas encore connu.

Nous faisons le calcul à votre place

Comparer une offre à prix fixe de trois ans, une offre indexée et le tarif réglementé suppose de ramener le tout à un budget annuel sur votre propre consommation, abonnement et taxes compris. C'est ce que font gratuitement les conseillers de Mon Assistant Perso : nous partons de vos factures, nous chiffrons chaque scénario et nous vous remettons le résultat par écrit, sans souscription dans l'urgence. Voyez notre page analyse de facture d'électricité ou prenez rendez-vous.

Questions fréquentes

Vaut-il mieux bloquer son prix 1 an ou 3 ans en ce moment ?
Les cotations plaident pour la durée longue, parce qu'un contrat d'un an s'adosse à 2027, l'année la plus chère (124,05 €/MWh contre 71,47 € en 2028). Mais un fournisseur ajoute une marge de couverture sur un engagement long : la décision doit se prendre sur les prix réellement proposés.

Pourquoi 2027 est-elle si chère ?
À cause de son hiver. Le premier trimestre 2027 se négocie à 196,82 €/MWh, contre 81,34 € au deuxième trimestre.

Suis-je engagé pendant toute la durée du prix fixe ?
Non. Un contrat de fourniture d'électricité se résilie à tout moment, sans frais. La durée engage le fournisseur à ne pas modifier son prix, pas vous à rester.

Le tarif réglementé a-t-il changé au 1er novembre 2026 ?
Non. Il n'évolue qu'en février et en août. Il reste à 0,2001 € TTC/kWh en option Base pour 3 et 6 kVA, et la prochaine révision est prévue le 1er février 2027.

Un prix fixe me protège-t-il de tout ?
Non. La fiscalité n'est jamais bloquée : l'accise, à 30,62 €/MWh depuis le 1er août 2026, et la TVA à 20 % évoluent indépendamment de votre contrat. Et un prix fixe portant seulement sur la part électricité laisse le tarif d'acheminement augmenter.

Une offre indexée me protège-t-elle d'une hausse ?
Non. Elle maintient un écart avec le tarif réglementé et suit ses variations. Si celui-ci monte, votre facture monte.

À retenir

  • Marché de gros au 28 octobre 2026 : 2027 à 124,05 €/MWh, 2028 à 71,47 €, 2029 à 63,14 €. La courbe est inversée.
  • Tout le surcoût de 2027 vient de son hiver : 196,82 €/MWh au premier trimestre.
  • Moyenne 2027-2029 : 86,22 €/MWh, soit 30 % sous 2027 seule — d'où l'intérêt d'une durée longue, marge du fournisseur mise à part.
  • Le marché monte vite : +21,4 % en dix-neuf jours sur l'année 2027.
  • Un prix fixe n'engage que le fournisseur : vous pouvez résilier à tout moment, sans frais.
  • Vérifiez la mention « tout compris », sans quoi le tarif d'acheminement continue d'augmenter. La fiscalité, elle, n'est jamais bloquée.
  • Tarif réglementé inchangé au 1er novembre : 0,2001 € TTC/kWh (3 et 6 kVA). Prochaine révision le 1er février 2027.

Sources : cotations à terme de l'électricité française sur EEX, clôture du 28 octobre 2026 ; tarifs réglementés de vente d'électricité en vigueur depuis le 1er août 2026 ; taux d'accise sur l'électricité applicable depuis le 1er août 2026 ; calendrier de révision du tarif réglementé publié par la Commission de régulation de l'énergie. Les moyennes pluriannuelles sont des moyennes simples de cotations de gros et ne constituent pas des prix d'offre.

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NB

Rédigé par

Nadia Belkacem

Démarches et litiges

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Rédactrice chez Mon Assistant Perso, spécialisée sur les démarches administratives et les litiges de consommation : contestation de facture, prélèvements, assurance habitation. S'appuie sur les textes réglementaires et les positions des médiateurs officiels.

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